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Médicaments : ce qui va changer avec la réforme des prix

Par Lesinfos -le

Médicaments : ce qui va changer avec la réforme des prix
Le Conseil de gouvernement a adopté un nouveau décret réformant les modalités de fixation des prix des médicaments. L’exécutif veut alléger le coût des traitements et maîtriser les dépenses de l’Assurance maladie obligatoire, tandis que les pharmaciens alertent sur les conséquences pour les officines et l’approvisionnement du marché.

Le gouvernement franchit une nouvelle étape dans la réforme du secteur pharmaceutique. Réuni mercredi sous la présidence du Chef du gouvernement Aziz Akhannouch, le Conseil de gouvernement a approuvé le projet de décret n°2.25.631, qui modifie les règles de fixation des prix des médicaments fabriqués localement ou importés.

 

Présenté par le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tahraoui, ce texte actualise le cadre réglementaire en vigueur depuis 2013 afin de l’adapter aux mutations du marché pharmaceutique et à l’élargissement de la couverture médicale de base.

 

À travers cette réforme, l’Exécutif entend rendre les médicaments plus accessibles, réduire le reste à charge des patients et contenir les dépenses de l’Assurance maladie obligatoire (AMO), tout en consolidant l’industrie pharmaceutique nationale.

 

Une nouvelle méthode de fixation des prix

 

Le décret introduit plusieurs changements dans le calcul des prix des médicaments. Désormais, le prix de vente des médicaments princeps sera déterminé sur la base du prix le plus bas observé dans les pays de référence, une mesure destinée à rapprocher les tarifs pratiqués au Maroc des niveaux internationaux.

 

Le texte prévoit également une réduction de la majoration appliquée aux médicaments importés, qui passera de 10 % à 2,5 %, dans la limite des droits de douane effectivement acquittés. Les médicaments génériques et les biosimilaires continueront, quant à eux, à être fixés selon un pourcentage de réduction appliqué au prix du médicament de référence.

 

Autre nouveauté, les médicaments déjà commercialisés dont le prix dépasse 300 dirhams feront l’objet d’une révision sur la base du tarif le plus bas relevé dans les pays retenus comme référence. La fréquence de révision des prix sera également accélérée, passant d’un cycle de cinq ans à trois ans, avec l’instauration d’un mécanisme de révision automatique pour certains médicaments génériques.

 

Trois objectifs affichés par le gouvernement

 

À travers cette réforme, le gouvernement poursuit plusieurs priorités. La première consiste à améliorer l’accès aux traitements en réduisant leur coût pour les ménages, notamment pour les assurés bénéficiant de l’Assurance maladie obligatoire.

 

Le second objectif vise à préserver l’équilibre financier du système de couverture médicale en limitant la progression des dépenses liées aux médicaments, qui représentent une part importante des remboursements de l’AMO.

 

Enfin, l’Exécutif souhaite renforcer la compétitivité de l’industrie pharmaceutique marocaine et consolider la souveraineté sanitaire du Royaume, en favorisant un environnement plus adapté au développement de la production nationale.

 

Les pharmaciens expriment leurs réserves

 

Cette réforme ne fait toutefois pas l’unanimité parmi les professionnels du secteur. Avant son adoption, la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc avait demandé le report du texte, estimant que les concertations n’avaient pas suffisamment pris en compte les préoccupations des pharmaciens d’officine.

 

L’organisation professionnelle redoute que la baisse des prix ne réduise davantage les marges des pharmacies, déjà confrontées à des difficultés économiques. Elle estime que certaines mesures proposées pour préserver l’équilibre financier des officines n’ont finalement pas été retenues dans le décret adopté.

 

Ces inquiétudes portent également sur la pérennité du réseau des pharmacies, dont une partie pourrait être fragilisée si les nouvelles règles se traduisent par une diminution durable de leur rentabilité.

 

Le risque de tensions sur certains médicaments

 

Au-delà de la question économique, plusieurs observateurs mettent en garde contre les effets de cette politique tarifaire sur la disponibilité des traitements. Selon Abdelmajid Belaiche, expert de l’industrie pharmaceutique, les baisses successives engagées depuis 2014 auraient déjà conduit certains laboratoires à abandonner la fabrication de médicaments devenus insuffisamment rentables.

 

L’expert plaide pour une approche plus ciblée, privilégiant une réduction des prix des traitements les plus coûteux plutôt qu’une baisse généralisée susceptible de fragiliser certaines productions locales et d’accentuer les risques de rupture d’approvisionnement.


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